Réactions de l’Allemagne au « cessez-le-feu » dans la guerre contre l’Iran : Berlin maintient ses objectifs de guerre

Le chancelier allemand Friedrich Merz s'adresse aux médias à la chancellerie à Berlin, en Allemagne, le jeudi 9 avril 2026. [AP Photo/Ebrahim Noroozi]

Le gouvernement allemand et la classe dirigeante ont officiellement salué le soi-disant « cessez-le-feu » au Moyen-Orient négocié entre les États-Unis, Israël et l'Iran. Mais derrière ces formules diplomatiques ne se cache aucun changement par rapport aux politiques de guerre précédentes : au contraire, elles seront menées par d'autres moyens.

Dans une déclaration commune avec les principales puissances de l'OTAN et de l'Union européenne, le gouvernement allemand a affirmé son soutien au cessez-le-feu tout en soulignant la nécessité de garantir militairement la « stabilité » dans la région. Plus précisément, Berlin a indiqué être prêt à participer à une mission militaire internationale pour sécuriser le détroit d'Ormuz, l'une des voies commerciales les plus stratégiques pour le transport mondial du pétrole et des marchandises.

Jeudi, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré lors d'une conférence de presse : « Avant tout, il est nécessaire de parvenir à un accord viable qui garantisse la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz. » L'Allemagne est prête, suite à un accord de paix, à contribuer à la garantie de la liberté de navigation, à condition qu'un mandat et un concept viable soient établis.

Cette annonce révèle la véritable nature de la politique étrangère allemande : non pas la paix, mais la défense des intérêts impérialistes dans une région clé du capitalisme mondial.

Ceci est exprimé avec une franchise particulière par des représentants de premier plan des Verts. Le vice-président du Bundestag, Omid Nouripour, appelle explicitement à un renforcement du rôle militaire européen au Moyen-Orient, le justifiant par les « intérêts géostratégiques » de l'Allemagne et de l'UE.

Dans une interview accordée à Deutschlandfunk, il a déclaré qu'il ne fallait pas participer aux « nouvelles aventures militaires des Américains ». Cependant, « il est vrai aussi que nous avons des intérêts considérables » et que « le détroit d'Ormuz a naturellement des répercussions sur notre économie, nous ne pouvons donc pas feindre l'indifférence face à ce qui s'y passe ». La Bundeswehr, a-t-il ajouté, possède des « capacités qui pourraient s'avérer nécessaires ».

La demande d'une présence militaire germano-européenne renforcée est ainsi présentée comme une « initiative de paix », un euphémisme cynique masquant une nouvelle escalade des interventions impérialistes. En réalité, la position du gouvernement fédéral et de l'opposition officielle au Bundestag s'inscrit dans la continuité directe de leur soutien au génocide israélien à Gaza et à la guerre d'agression américano-israélienne contre l'Iran.

Dans une nouvelle déclaration officielle du 8 avril, le gouvernement a longuement cité une déclaration du chancelier Merz, dans laquelle il tient l'Iran pour responsable des violences au Moyen-Orient et se range de facto du côté de l'offensive militaire des États-Unis et d’Israël.

« Depuis des années, voire des décennies, le régime iranien sème la terreur dans le monde entier et déstabilise son voisinage », a déclaré le chancelier dans sa déclaration gouvernementale du 18 mars. « Ce régime est responsable de la crise actuelle dans la région. »

Le gouvernement allemand partage « avec Israël et les États-Unis l’objectif que l’Iran ne constitue plus une menace à l’avenir, ni pour Israël ni pour les États voisins de la région. Il faut mettre fin à la période où le régime iranien pouvait déstabiliser et menacer d’autres États. »

Ceci démontre sans équivoque que Berlin reste fidèle aux objectifs centraux de la guerre : l’élimination de l’Iran en tant que puissance régionale, la soumission du Moyen-Orient à l’impérialisme et l’affaiblissement stratégique de la Russie et de la Chine.

Le maintien de cette politique malgré le « cessez-le-feu » est également manifeste dans la réaction aux menaces d’anéantissement proférées par le président américain Donald Trump. Ce dernier a déclaré : « Une civilisation entière va mourir », une menace d’une ampleur historique, rappelant les crimes les plus barbares des nazis : l’extermination des Juifs d’Europe pendant l’Holocauste et la guerre d’anéantissement contre l’Union soviétique durant la Seconde Guerre mondiale.

Le gouvernement allemand n’a pas condamné la menace de Trump. Au contraire, interrogé à ce sujet, Merz a défendu jeudi les déclarations de Trump par une remarque cynique, affirmant qu'elles avaient finalement contribué au cessez-le-feu. Cette justification révèle la faillite politique et morale totale de la classe dirigeante allemande. Elle indique qu'elle aussi est prête à accepter les menaces de génocide comme un moyen légitime de politique – et à préparer elle-même de tels crimes.

Parallèlement, elle poursuit la militarisation de la société. Des personnalités politiques de premier plan appellent ouvertement à des mesures visant à renforcer la préparation à la guerre. Par exemple, le président de la commission de la défense, Thomas Röwekamp (CDU), a préconisé de rendre obligatoire la participation des réservistes aux exercices militaires et de supprimer le principe du volontariat, tant pour les réservistes que pour les employeurs. De telles propositions, comme le rétablissement de la conscription, constituent une nouvelle étape vers la mobilisation générale de la société en vue de futurs conflits armés.

Les réactions des médias soulignent également l'absence d'opposition sérieuse à la guerre au sein de l'establishment politique. Les critiques ne visent pas l'agression elle-même, mais s’en prennent principalement son exécution « inadéquate » par un président américain « erratique » et hostile à l'OTAN. Des médias de référence comme Der Spiegel parlent d'une « défaite stratégique » pour les États-Unis et préviennent que l'Iran et ses alliés, la Russie et la Chine, pourraient sortir renforcés du conflit.

Ces analyses ne sont pas utilisées pour s'opposer à de nouvelles aventures militaires, mais au contraire pour justifier une accélération accrue du renforcement militaire européen. La relative faiblesse militaire de l'Europe par rapport aux États-Unis est interprétée à la fois comme un risque et une opportunité : un risque, car l'Europe ne peut pas encore agir de manière indépendante en tant que grande puissance militaire ; et une opportunité, celle de tirer profit du fiasco américain en Iran pour développer précisément cette capacité à l'avenir.

Ces développements confirment l'analyse du World Socialist Web Site selon laquelle le « cessez-le-feu » ne représente pas une stabilisation, mais simplement une interruption temporaire d'un conflit mondial en pleine escalade. Les contradictions fondamentales qui ont mené à la guerre persistent et s'intensifient.

Suite à sa rencontre avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, Trump a réitéré mercredi soir, dans un message entièrement en lettres capitales publié sur Truth Social, ses critiques à l'égard de l'OTAN pour son manque de soutien dans la guerre en Iran et a de nouveau menacé d'annexer le Groenland. L'OTAN n'était pas là « quand nous avions besoin d'elle, et elle ne sera pas là quand nous aurons de nouveau besoin d'elle », s'est-il plaint, ajoutant sur un ton menaçant : « Souvenez-vous du Groenland, ce gros morceau de glace mal géré ! »

Les événements de ces dernières semaines ont mis à nu la véritable nature de l'impérialisme. Les menaces d'anéantissement proférées ouvertement par le président américain ont réduit à néant la propagande selon laquelle les interventions militaires sont menées au nom des « droits de l'homme » ou de la « démocratie ». Il est désormais clair qu'une oligarchie criminelle est prête à détruire des sociétés entières pour imposer ses intérêts économiques et géostratégiques.

Cela vaut non seulement pour les États-Unis, mais aussi pour les puissances européennes. Le gouvernement allemand, qui accepte tacitement les menaces de Trump et soutient activement sa politique au Moyen-Orient malgré toutes les inquiétudes et les tensions transatlantiques croissantes, s'inscrit pleinement dans cette tradition.

Le Parti de gauche, à l'instar des Verts, a déjà démontré dès le début du conflit qu'il ne représente pas une solution. Son président, Jan van Aken, a déclaré textuellement qu'il était « personnellement heureux [...] que Khamenei soit mort » et « que de nombreux sbires du régime soient morts ». Il a ajouté cyniquement : « On ne devrait jamais se réjouir de la mort de quelqu'un, et pourtant je pense que c'est une bonne chose qu'ils soient partis, et puissent-ils brûler en enfer. »

Le soutien du Parti de gauche pour les assassinats ciblés des dirigeants iraniens démontre qu'il prend parti pour la violence impérialiste sur les principaux enjeux.

Les travailleurs et les jeunes doivent tirer les conclusions qui s'imposent de ces événements. Le « cessez-le-feu » n'est pas la fin des hostilités, mais un avertissement. La guerre d'agression contre l'Iran, les massacres israéliens au Liban et le génocide à Gaza démontrent que la classe dirigeante est prête à recourir aux formes de violence les plus extrêmes et que les préparatifs de nouvelles guerres, encore plus dévastatrices, sont déjà bien avancés.

Seule la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière, en Allemagne, en Europe et à l'échelle internationale, permettra d'éviter un retour à la barbarie. Cette mobilisation doit s'opposer au système capitaliste de profit, indissociable de la guerre, de la dictature et du désastre social, et lutter pour une perspective socialiste qui placera les ressources sociales sous contrôle démocratique et éradiquera la guerre à sa racine.

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