Mobilisation fasciste après la mort de Quentin Deranque

Répondant à l'appel du groupe néofasciste Lyon Populaire, plusieurs milliers de personnes ont rendu hommage samedi à Lyon et lors d'autres rassemblements en France au jeune militant fasciste Quentin Deranque. Ce dernier est décédé suite à des affrontements survenus après une conférence donnée à l'Université de Lyon par Rima Hassan, députée européenne de La France insoumise (LFI), d'origine palestinienne.

Comme ce fut le cas aux États-Unis après la mort du militant fasciste Charlie Kirk, le décès de Deranque est aujourd'hui instrumentalisé par le président Emmanuel Macron et l’establishment politique français, ainsi que dans toute l'Europe, pour mobiliser les fascistes contre LFI et criminaliser les aspirations de gauche des travailleurs et des jeunes.

Des personnes participent à une marche derrière une banderole anticommuniste à Lyon, en France, le samedi 21 février 2026, en hommage à Quentin Deranque, un militant d'extrême droite de 23 ans. [AP Photo/Laurent Cipriani]

Un front politique, englobant des groupes d'extrême droite, le Parti socialiste, le Rassemblement national (RN), et jusqu'à Macron et son gouvernement, cherche à mener une offensive contre les droits démocratiques et l'opposition grandissante à l'instauration d'une dictature policière. L'objectif est de permettre à l'un des candidats du RN, Marine Le Pen ou Jordan Bardella, d'accéder au pouvoir après les élections municipales actuelles et l'élection présidentielle de l'année prochaine.

Le gouvernement n'a pas interdit la manifestation de soutien à Deranque, insistant sur la nécessité du maintien de l'ordre et du respect du droit de réunion. Cette décision intervient dans un contexte de polarisation politique entre l'extrême droite et les mouvements de gauche. Lors de l'ouverture du Salon de l'agriculture, Emmanuel Macron a donné son accord à la manifestation : « C'est un moment de recueillement et de respect pour la mort de notre jeune compatriote. »

Sur RTL, le ministre de l'Intérieur a expliqué que « les forces de l'ordre rayonneront en périphérie de ce cortège pour éviter tout trouble à l'ordre public. Il y aura un dispositif policier extrêmement important, composé d'effectifs locaux et de forces mobiles engagées. »

Inquiets des risques de débordements suite à l'appel à rendre hommage à Deranque lancé par Lyon Populaire, le maire de Lyon, Grégory Doucet, et la maire du 7e arrondissement, Fanny Dubot, avaient demandé au préfet de police d'interdire la manifestation : « Si le rassemblement de la famille, des proches et de toutes celles et ceux touchés par ce décès est naturellement compréhensible, des éléments indiquent que l’appel à manifester circule également au sein de réseaux d’extrême droite à l’échelle nationale et internationale, laissant redouter la venue d’individus susceptibles de commettre des violences. »

Une pétition demandant l'interdiction de la marche, lancée par le média Lyon Insurrection, a recueilli plus de 36 000 signatures en 48 heures. Des manifestations ont été organisées à Nantes par le collectif Némésis, rassemblant quelques centaines de personnes, ainsi qu'à Rennes, Strasbourg et Paris.

À Lyon, la préfecture a annoncé la participation de 3 000 personnes à la marche, principalement dans le 7e arrondissement. Une personne a été arrêtée en fin de cortège pour port d'arme blanche. Des participants d'extrême droite, pour la plupart masqués, ont fait le salut nazi. Les slogans « On va reprendre ce pays » et « C'est notre terre » ont été scandés. Certains slogans visaient le parti de Jean-Luc Mélenchon : « Antifa, assassins ! » et « LFI complice !»

Le politologue et professeur Philippe Marlière a commenté : « C'est un revirement absolument inédit. Un cordon sanitaire autour d'un parti de gauche aurait été impensable il y a quelques années.»

Les classes dirigeantes semblent avoir fait leur choix pour le RN. Les millions d'électeurs qui aspiraient à un gouvernement de gauche et ont voté pour la LFI sont désormais considérés comme un obstacle à une éventuelle victoire du RN. Le rôle immédiat de l’État est de réprimer l’opposition des jeunes et des travailleurs à l’instauration d’un régime autoritaire en France.

La mort de Deranque agit également comme un catalyseur international. L’extrême droite britannique Stephen Yaxley-Lennon, mieux connu sous le nom de Tommy Robinson, a rendu hommage à Deranque sur les réseaux sociaux, partageant plusieurs vidéos montrant des extrémistes de droite français vandalisant les locaux de LFI. En Belgique, le groupe flamand Voorpost a appelé à une marche à Bruxelles avant de l’annuler. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a dénoncé ce qu’elle a qualifié de climat de haine idéologique, qualifiant la mort de Deranque de « blessure pour toute l’Europe ».

L’administration Trump, qui a déclaré dans son dernier document sur la sécurité nationale qu’elle interviendrait dans la politique intérieure de l’Union européenne pour promouvoir une politique raciste de « remigration » s’appuyant sur des partis fascistes européens, a réagi par le biais du Bureau de lutte contre le terrorisme du département d’État américain. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, on pouvait lire : « L’extrémisme de gauche violent est en pleine expansion, et son rôle dans la mort de Quentin Deranque démontre la menace qu’il représente pour la sécurité publique. »

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé la convocation de l'ambassadeur américain Charles Kushner à une réunion lundi, en réponse au message du bureau antiterroriste publié sur X par l'ambassade des États-Unis à Paris. Il a accusé des acteurs étrangers d'instrumentaliser l'assassinat « à des fins politiques » et a déclaré que la France n'avait « aucune leçon à recevoir » du « mouvement réactionnaire international ».

À l'instar de ce qu'avait fait Donald Trump après la mort de Kirk pour faire avancer son programme autoritaire, son administration instrumentalise désormais le décès de Quentin Deranque pour légitimer une répression sécuritaire et renforcer les forces d'extrême droite en Europe. Et malgré les protestations officielles contre toute ingérence extérieure, le gouvernement Macron partage le programme de l'administration Trump.

Plusieurs bureaux de LFI ont été attaqués suite à la mort de Quentin Deranque. À Saint-Nazaire, le bureau d'un député a été vandalisé : l'inscription « Justice pour Quentin » a été taguée à la peinture rouge. À Lille, Metz, Castres, Bordeaux et Rouen, des bureaux de députés ont été saccagés. À Paris, le siège de LFI a été évacué après une alerte à la bombe.

Après des décennies passées à rendre le Rassemblement national (RN) socialement acceptable, il y a tentative de le « normaliser », ce qui devrait lui être bénéfique lors des prochaines élections municipales et présidentielles. Dans cette optique, le RN n'a pas participé officiellement à la manifestation lyonnaise, craignant d'être associé à des groupes d'extrême droite. Bardella a déclaré : « Le Rassemblement national ne participe pas à des manifestations avec lesquelles nous n'avons pas de lien direct avec les organisateurs.»

Cependant, le sénateur du Rhône, membre du Parti républicain, Étienne Blanc, était présent à Lyon.

Comme l'a révélé Mediapart, « Vincent », un ami de Quentin Deranque omniprésent dans les médias depuis une semaine, n'est autre que Vincent Claudin, attaché parlementaire de la députée RN de la Drôme, Lisette Pollet. Claudin a été membre du parti d'extrême droite Lyon Populaire jusqu'en 2024. C'est lui qui a lancé l'appel à manifester, sous son prénom, en mémoire de son ami, dans une vidéo mise en ligne jeudi sur la plateforme officielle du parti.

Deranque était actif au sein d'Audace Lyon, organisation identitaire d'extrême droite, et membre d'Allobroges Bourgoin, organisation néofasciste, après avoir milité pour Action Française. Il pratiquait les arts martiaux avec des membres de son groupe d'extrême droite. Lors de la conférence Rima Hassan, Deranque était responsable de la sécurité du groupe Némésis, où des ultranationalistes étaient armés et masqués, comme le montre une vidéo publiée par le site antifasciste Contre-Attaque.

Comme le souligne Tristan Boursier, chercheur associé au Centre de recherches politiques de Sciences Po : « Lyon est un foyer de confrontations entre l'extrême droite et les antifascistes depuis 2010, notamment parce que l'extrême droite a tenté d'établir une présence territoriale, ce qui a engendré une contre-mobilisation croissante.»

Les chiffres de la mobilisation à Lyon montrent qu'il n'existe pas de mouvement fasciste de masse en France. Au contraire, c’est l’État qui tente d’imposer un régime autoritaire pour mener une guerre de classe et une guerre de l’OTAN contre la Russie et la Chine. La lutte contre le fascisme exige donc une mobilisation politique consciente de la classe ouvrière, et non une dépendance envers les organisations de la pseudo-gauche, le Parti socialiste et le Parti communiste stalinien, parmi lesquels la LFI et Mélenchon oeuvrent depuis des décennies.

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